On n’en parle pas. Et c’est précisément ce silence qui coûte.
La maladie entre dans l’entreprise bien plus souvent qu’on ne le croit. Souvent sans bruit : un rendez-vous médical glissé entre deux réunions, un collègue que l’on trouve "pas comme d’habitude", un arrêt qui s’allonge sans que personne ne sache vraiment pourquoi.
Derrière ces situations, il y a des chiffres. Ils ne disent pas tout, mais ils disent l’essentiel : ce n’est pas une exception, c’est le quotidien de nombreuses équipes.
Les chiffres que l’on ne voit pas
- 1 actif sur 4. C’est la part des actifs qui devait vivre avec une maladie chronique dès 2025, selon une projection de l’Anact citée par le Défenseur des droits et l’OIT. Elle était estimée à 15 % en 2019.
- 38 % des arrêts de plus d’un mois sont liés à la santé mentale : épuisement, anxiété, dépression. C’est désormais la première cause des arrêts longs (Malakoff Humanis, 2026).
- 160 000 personnes en emploi apprennent chaque année qu’elles ont un cancer, sur plus de 433 000 nouveaux diagnostics (Institut national du cancer).
- 44 % des salariés aidants craignent de perdre leur emploi. Un sur quatre seulement en a parlé à son employeur. 82 % disent manquer de temps, et plus d’un sur deux a déjà renoncé à une consultation médicale pour lui-même (Observatoire OCIRP des salariés aidants, 2023).
- 1 sur 5. Cinq ans après un diagnostic de cancer, 20 % des personnes de 18 à 54 ans qui travaillaient au moment du diagnostic ne travaillent plus (Institut national du cancer, étude VICAN5, 2018).
Quand c’est mal accompagné : quatre engrenages
Le silence
Le salarié malade ou aidant se tait, compense, s’épuise. Il a peur d’être vu comme moins disponible, moins fiable. On ne voit rien, jusqu’à l’arrêt.
La peur
Peur de perdre sa place, de décevoir, d’être mis de côté. Cette peur se paie en concentration, en énergie, en engagement.
La maladresse
L’équipe ne sait pas quoi dire, alors elle évite, ou elle en fait trop. Les mots qui blessent partent souvent d’une bonne intention.
"Il faut rester positif."
"Ma cousine a eu la même chose, elle va très bien."
Le départ
Quand le retour au travail est mal préparé, la personne se sent étrangère dans sa propre équipe. Et un talent s’en va.
Ce n’est pas un manque de cœur
Dans la grande majorité des cas, personne ne veut mal faire. Les managers sont touchés, les collègues inquiets, les RH de bonne volonté.
Ce n’est pas un manque de cœur. C’est un manque de repères.
Et c’est une bonne nouvelle, parce que des repères, ça se transmet. L’Observatoire OCIRP le rappelle : 81 % des DRH estiment que les compétences développées par les salariés aidants peuvent être une force pour l’entreprise. Encore faut-il leur permettre de rester.
Trois premiers pas, dès maintenant
- Ouvrir la parole. Dire clairement, en équipe comme en entretien, qu’on peut parler de sa santé ou de sa situation d’aidant sans être pénalisé.
- Outiller les managers. Ce sont eux qui reçoivent l’annonce en premier. Quelques repères simples changent tout : écouter avant de rassurer, demander ce qui aiderait, ne pas disparaître.
- Préparer chaque retour. Un arrêt long se prépare avec la personne, bien avant la date de reprise. La loi prévoit d’ailleurs des outils pour cela : ce que dit la loi, et ce que l’entreprise peut faire.
Sources
- Défenseur des droits et OIT, 16e baromètre sur les discriminations dans l’emploi (2023)
- Baromètre absentéisme Malakoff Humanis 2026, présenté par Cercle RH
- Institut national du cancer, Cancer et emploi
- Observatoire OCIRP des salariés aidants (2023)
- Institut national du cancer, La vie cinq ans après un diagnostic de cancer (2018)
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