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Une femme pensive, son reflet flou dans une vitre

"Sois forte" : quand nos mots pour réconforter ne réconfortent pas

Et si, parfois, accompagner consistait moins à rassurer qu’à laisser l’autre ressentir ce qu’il traverse ?

"Sois forte."

Je l’ai entendue, cette phrase.

Comme beaucoup de personnes qui traversent un cancer, une maladie grave ou une épreuve de vie.

Elle part presque toujours d’une bonne intention.

On veut encourager. Donner de l’espoir. Dire à l’autre qu’on croit en lui.

Et pourtant, certains jours, cette phrase peut peser lourd.

Parce que lorsqu’on vous demande d’être forte, une question silencieuse peut apparaître :

Et si aujourd’hui, je n’en suis pas capable ?

Pourquoi voulons-nous tellement rassurer ?

Face à la maladie de quelqu’un que nous aimons, que nous côtoyons ou que nous manageons, nous sommes nous aussi confrontés à quelque chose de difficile : notre impuissance.

Nous voudrions réparer.
Trouver la phrase qui redonne de l’espoir.
Faire disparaître la peur.

Alors nous disons :

"Il faut garder le moral."
"Tu es une battante."
"Pense positif."
"Ça va aller."
"Tu es forte, tu vas y arriver."

Ces phrases ne sont pas mauvaises en elles-mêmes.

Certaines personnes peuvent même les recevoir comme de véritables encouragements.

Le problème apparaît lorsqu’elles ne laissent plus de place à ce que l’autre ressent réellement.

Être courageuse n’empêche pas d’avoir peur

Pendant la maladie, j’ai moi-même voulu être forte.

Pour mes enfants. Pour mes proches. Pour moi.

Mais j’ai aussi eu peur.
J’ai pleuré.
J’ai douté.

J’ai eu des jours où je n’avais aucune envie d’être une guerrière, une battante ou un exemple de courage.

J’avais simplement besoin d’avoir le droit d’être comme j’étais ce jour-là.

C’est peut-être l’une des choses les plus importantes que la maladie m’ait apprises sur l’accompagnement :

nous n’avons pas toujours besoin qu’on transforme immédiatement notre peur en courage.

Parfois, nous avons simplement besoin que quelqu’un puisse rester là avec nous pendant que nous avons peur.

Le piège de l’injonction positive

L’optimisme peut être une ressource précieuse.

Mais il existe une différence entre offrir de l’espoir et imposer une émotion.

Dire à quelqu’un "garde le moral" alors qu’il vient d’exprimer son angoisse peut involontairement lui envoyer un autre message :

"Ce que tu ressens est trop difficile à entendre."

La personne peut alors apprendre à filtrer ce qu’elle raconte.

À répondre :

"Ça va."

Même quand ça ne va pas.

Dans le monde professionnel, ce mécanisme mérite particulièrement notre attention.

Un collaborateur malade n’a pas à rassurer son manager ou ses collègues sur sa capacité à rester positif.

Il peut être engagé dans son travail et avoir peur.
Être courageux et être épuisé.
Espérer et traverser des moments de découragement.

Ces réalités peuvent coexister.

Et si nous remplacions les encouragements par des questions ?

Au lieu de :

"Sois forte."

On peut essayer :

"Comment tu te sens aujourd’hui ?"

Au lieu de :

"Ça va aller."

Peut-être :

"Je suis là si tu as envie d’en parler."

Au lieu de :

"Il faut garder le moral."

Pourquoi pas :

"Qu’est-ce qui pourrait t’aider en ce moment ?"

Et parfois :

"Tu n’as pas besoin de faire semblant avec moi."

Ce qui compte n’est pas de remplacer une série de phrases toutes faites par une nouvelle série de phrases toutes faites.

C’est de changer de posture.

Ne plus chercher immédiatement à modifier ce que ressent l’autre.
Commencer par l’accueillir.

Écouter sans réparer

C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à faire.

Quelqu’un nous confie :

"J’ai peur."

Notre réflexe est :

"Mais non, ne t’inquiète pas."

Et si nous essayions plutôt :

"Qu’est-ce qui te fait le plus peur ?"

La différence paraît minuscule.
Elle est pourtant immense.

Dans la première réponse, nous essayons de faire disparaître l’émotion.
Dans la seconde, nous autorisons la personne à nous la confier.

Écouter n’est pas abandonner l’autre à sa peur.

C’est lui montrer qu’il n’a pas besoin de la cacher pour rester en relation avec nous.

Et au travail ?

Un manager n’est ni un médecin, ni un psychologue, ni un proche.
Et il n’a pas à le devenir.

Sa juste place peut être beaucoup plus simple : créer suffisamment de sécurité pour que le collaborateur puisse exprimer ses besoins professionnels, respecter ce qu’il souhaite garder privé et orienter vers les interlocuteurs compétents lorsque c’est nécessaire.

Il peut dire :

"Je ne veux pas être intrusif, mais je veux que tu saches que nous pouvons réfléchir ensemble à ce dont tu as besoin au travail."

Cette phrase ne soigne pas.
Elle ne promet pas que tout ira bien.

Elle fait quelque chose d’autre :
elle ouvre un espace.

La bonne phrase n’existe probablement pas

C’est peut-être finalement une bonne nouvelle.

Parce que cela signifie que nous pouvons arrêter de la chercher.

Nous pouvons hésiter.
Nous pouvons être maladroits.
Nous pouvons même dire :

"Je ne sais pas quoi te dire."

Puis rester là.

La qualité d’un accompagnement ne se mesure pas uniquement à la beauté de nos mots.

Elle se joue aussi dans notre capacité à écouter ce que l’autre nous dit de ses besoins.

Et parfois à accepter que nous ne puissions rien réparer.

Être là, oui. Mais comment ?

Peut-être en commençant par ceci :

Ne pas demander à l’autre d’aller mieux pour nous rassurer.

Laisser une place à sa peur.
À sa colère.
À son silence.
À son espoir aussi.

Et lui demander, simplement :

"De quoi as-tu besoin de ma part aujourd’hui ?"

Parce que trouver sa juste place face à la maladie ne consiste pas toujours à savoir quoi dire.

Parfois, cela commence par savoir écouter.

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